Instant-Mag – Elfy, racontez-nous votre vie... Enfance, parcours, passions...
Quand je parle de mon enfance, je pense tout de suite à mon premier choc musical, qui a été la musique classique. Ça m'est arrivé très jeune, puisque j'avais 4 ans. C'était une espèce de langage qui m'arrivait, que je comprenais encore mieux que le langage parlé des adultes. Sinon, par rapport à l'école, je n'avais pas un rapport très facile à l'autre. J'étais un peu dans une sorte de bulle. On disait de moi que j'étais très papillon, très « dans ma tête ». En même temps, j'essayais toujours de séduire les autres pour ne pas être différente, mais je sentais qu'il y avait quand même une différence. J'étais celle qui n'était jamais invitée aux anniversaires, par exemple. J'avais un rapport assez particulier avec les gens de mon âge, mais j'étais très fascinée en revanche par le monde des adultes. Je voulais vieillir, je ne voulais pas rester enfant, parce que je ne me sentais pas très bien. Et puis très vite, j'ai découvert l'écriture, en parallèle à mes gammes de piano et à la danse classique.
Pourquoi le classique ?
Je ne pourrais pas vous dire vraiment. Ça a été comme un choc. J'ai un vague souvenir d'être sur les genoux d'une personne qui a beaucoup compté dans ma vie puisque c'est mon grand-père, et tout d'un coup de voir un concert à la télé, et de m'effondrer en larmes, touchée par quelque chose que je n'ai pas du tout compris à l'époque. Donc à 5 ans, on m'a mise au piano, et ça a été mon premier grand amour. J'avais un prof formidable, qui m'a beaucoup aidée, et que je vais revoir d'ailleurs, puisque je vais reprendre des cours. Alors pourquoi le classique, je ne sais pas. J'aurais pu tomber dans le rock, le punk...
En tout cas, ce n'est pas banal, à 4 ans, de tomber à fond dans quelque chose...
Il y a des personnes qui croient qu'on a toujours des restes de vie antérieure ou d'antécédents par rapport à ses ancêtres. Moi, j'avais un arrière grand-père qui touchait tous les instruments, sans jamais les avoir appris...
Et après, qu'est-ce qui s'est passé, à 18 ans ? Votre biographie mentionne « école à chanteuses », « sitcom »...
Une école à chanteuses, c'est une école où l'on vous apprend à chanter, à vous tenir sur scène, soi-disant. On vous apprend à placer votre voix... (Silence)
Vous n'avez pas l'air très convaincue...
(Sourire) Parce que ça faisait trop « école », justement. J'avais été jusqu'au bac, pour faire plaisir à mes parents et parce que je respecte les gens qui m'ont éduquée. Ensuite, la seule chose que j'ai trouvée, c'était ça. Je ne vais pas citer de noms... Au bout de 6 mois dans cette école, j'ai vu qu'il y avait des jeunes qui se connectaient les uns aux autres pour écrire, pour travailler. C'était toujours pareil, j'entendais des bruits de couloir à mon sujet : « cette fille, elle ne s'intègre pas, elle est vraiment à part, etc. ». Et je me disais que ça allait vraiment être un problème, parce qu'ils se réunissaient tous pour faire leurs soirées et leurs chansons et moi, rien... À la suite de ça, je me suis mise à écrire encore plus, et sur mon chemin, j'ai rencontré Jay Alanski et Lisa est née.
Est-ce que Lisa était déjà un personnage embryonnaire chez vous ?
Non. Jay s'est rendu compte qu'en inventant Lisa, j'allais aller plus loin dans mes textes. Au départ, je n'avais pas prévu Lisa. Il s'avère qu'on a monté cette histoire et que j'ai pu me lancer un peu plus. Je ne disais jamais « je », mais toujours « Lisa », et c'était quand même tout ce que je ressentais, en plus intense. Ce qui était sublime, c'est que je pouvais la pousser, lui faire faire des choses, ou alors a contrario je pouvais adoucir ses peines et ses fêlures. Peut-être qu'inconsciemment, j'avais quelqu'un, une sorte d'enfant dans mon ventre, qui n'arrivait pas à sortir. Jay a été soit très psychologue, soit très professionnel, soit bourré de talent, en tout cas il m'a énormément aidée, et Lisa est née. J'ai presque vécu une renaissance grâce à elle. Je me rends compte que de ne pas parler comme je l'ai fait pendant des années, me recroqueviller à l'intérieur de moi, ne pas revendiquer ce que j'ai envie d'exprimer, ce n'est pas bon. Alors même si Jay et moi on a inventé Lisa, oui cette fille me ressemble, j'ai les mêmes up and down qu'elle. Mais Lisa reste un conte moderne. J'aurais plus la possibilité de me mettre à nu si j'écrivais un livre, alors que là, on reste quand même dans un concept d'album, avec des chansons de trois minutes où il faut respecter des rimes... Si je devais vraiment me dévoiler, ça irait beaucoup plus loin que ça...
C'est intéressant ce que vous dites. Malgré l'album, dans lequel vous vous êtes exprimée, il y a donc de la frustration ?
Il y a de la frustration, parce que ça fait maintenant 2 ans que l'album est terminé. Depuis 2 ans, j'ai encore grandi, et j'aurais encore beaucoup de choses à dire. Et puis il y a un peu de frustration aussi, parce que la promotion ne se passe pas comme je le voudrais. Il y a une espèce de retenue de « je ne sais qui », soit parce qu'il n'y a pas de place pour moi, soit parce que le travail a été mal fait. Rencontrer des gens comme je le fais aujourd'hui, j'aimerais pouvoir en rencontrer 20...
Ça vous fait peur, le regard des autres, l'acharnement médiatique ?
Je ne crois pas que cela me fasse peur. J'ai plus peur du vide, du néant, du rien, que du trop et de la méchanceté. Vous savez, le côté « on casse parce qu'on n'aime pas », je connais ça presque par c½ur, donc aujourd'hui ça ne me touche pas. Non, le regard des autres ne me fait pas peur, mais je sais qu'il me constitue. C'est Catherine Breillat (ndlr : cinéaste amie d'Elfy, voir ci-dessous la suite de l'entretien) qui dit qu'on est constitué à 90% du regard des autres, de l'autre.
Votre album marie de très belle manière l'électro et la mélodie. Comment s'est passée la collaboration avec Jay Alanski ?
C'est une espèce de mélange, où chacun est venu mettre ses propres ingrédients. Je crois qu'aujourd'hui, on n'est plus trop d'accord sur comment ça se passait exactement (rires) ! Il n'y a pas longtemps, j'ai dit à Jay : « tu te souviens quand j'apportais mes textes, et que tu faisais les mélodies ? » ; et il m'a répondu : « mais pas du tout, je faisais les mélodies, et tu faisais les textes dessus ! ». Jay avait souvent de brillantes idées, il arrivait en me disant : « tiens, tu peux pas me faire un texte sur les astronautes et les princesses » ! Le prénom de Lisa, c'est aussi lui qui l'a amené. Moi, j'écrivais mes textes, et lui me guidait. Pour les mélodies, à part Mon amie, où on a co-composé, c'est lui le maître d'½uvre, le compositeur. Le côté album qui mélange chanson et électronique, ça vient de lui, parce que Jay Alanski a été un grand producteur dans les années 90 avec Lio, Jil Caplan, Les Innocents et plein d'autres encore. Et depuis 7 ans, il a signé sur un label de techno qui s'appelle F. Communication, et sous le nom de A Reminiscent Drive, il a sorti des albums ambiance techno. Pour Lisa, il s'est donc nourri de ses deux voix-là. Pour moi, c'était du sur-mesure. Mais c'est peut-être aussi pour ça que les gens ne savent pas où classer l'album. En plus, j'ai une voix douce qui peut parfois me desservir par rapport à ce que j'écris.
L'absence de promo de la part de votre maison de disques vient du fait qu'elle ne sait pas comment vous présenter ?
C'est ressorti effectivement de la bouche de certaines personnes. La personne qui m'a signée chez EMI, Marc Lumbroso, qui est malheureusement parti 4 mois avant l'album, avait tout de suite bien compris le truc. Il savait que j'étais une artiste avec laquelle il faudrait prendre du temps, pas un produit. Il disait toujours : « ce projet, il est très classe » ! Lui, il voulait me montrer. Et quand il est parti, d'autres personnes ont récupéré les dossiers qu'il avait en cours... (Silence qui en dit long)
C'est quoi, votre dernier coup de c½ur musical ?
Au niveau de la vidéo, j'ai adoré les derniers clips de Björk, que j'ai trouvés à Londres. Des clips incroyables de piercing, on est vraiment dans la matière... J'aime beaucoup son dernier album, qui remonte déjà à plus d'un an, je crois (ndlr : Vespertine). Au niveau de la chanson française, j'ai été assez touchée par le dernier single de Laurent Voulzy, Fille d'avril. J'aime aussi le dernier Bowie, sublime, ainsi que le dernier Peaches. Sinon, je redécouvre complètement une époque qui n'est pas du tout la mienne, qui est celle des années 70', du Velvet Underground, Lou Reed, Nico, Leonard Cohen, Bob Dylan. Ce sont des gens dont je me sens hyper proche. Je lis en ce moment pour la deuxième fois L'Amour n'oublie jamais, d'Ari, le fils de Nico (ndlr : et d'Alain Delon) que j'ai rencontré récemment, et j'aime complètement cette génération. C'étaient des poètes, et à mon âge, comment vous dire, on les prenait au sérieux parce qu'ils étaient camés, parce qu'ils faisaient partie d'une génération en complète rébellion. Je suis fascinée par ces gens qui ont touché de près quelque chose, qui ont touché Dieu. Quand on rentre dans la drogue, qu'on écrit des chansons avec autant de talent que ces gens-là, et qu'on n'en meurt pas, qu'on arrive à passer à autre chose, c'est fascinant...
Vous auriez aimé être chanteuse dans les années 70' ?
J'aurais adoré ça. J'aurais beaucoup aimé être dans cette période beaucoup plus libérée, je crois. Peut-être que c'est parce que ce n'est pas ma génération que je dis ça. Mais je pense que l'underground avait vraiment une place à l'époque. Si Nico est une légende aujourd'hui, est-ce qu'elle a un jour été une grande star en France ?
Votre album finit par un texte excessivement triste, dans lequel vous dites que finalement, rien ne sert à rien...
Justement, j'ai l'impression que c'est la note d'espoir de l'album ! On prend parfois les choses tellement à c½ur que ça peut être une note optimiste de se dire « finalement, ce n'est rien ». Et puis la chanson s'appelle Tout est bien, et non pas Ça ne fait rien. Même si on se rend compte qu'on ne vit pas toujours comme on l'aimerait, qu'on n'arrive pas à être reconnu comme on voudrait l'être, ou être aimé des autres comme on le souhaiterait, finalement ça ne fait rien, tout est bien, tout est à sa place. Je pense qu'on est plus fort et plus riche quand on arrive à se rendre compte de ça. Quand on fonce dans les trucs et qu'on a l'impression qu'on ne va jamais tomber, peut-être que c'est là où ça peut être grave... Pour moi, la lumière de l'album, c'est quand même cette chanson. Ce qui n'aide pas, c'est que c'est un down tempo et que je suis accompagnée juste d'une guitare, dans une ambiance peut-être un peu triste. J'insiste donc sur le sens de la chanson, parce que j'ai tendance à penser que même si je suis tombée, même si j'ai eu des bleus aux genoux, si j'ai eu des cicatrices, ça fait de moi aujourd'hui ce que je suis. Donc tout ce qui arrive, c'est que ça devait arriver...
Dans le livret de l'album, il y a des anges qui sont représentés. Il y en a beaucoup, autour de vous ?
Oui. J'ai l'impression que je suis très entourée. Mais c'est un peu difficile d'en parler, car c'est un sujet tabou. Si j'avais parlé de ça il y a longtemps, on m'aurait brûlée...
Vous croyez au surnaturel ?
Je crois en l'astral. Je crois à tout ce qui se passe au niveau de la réincarnation, des âmes, qui naissent et renaissent. Je crois énormément aux anges gardiens. Je n'ai jamais l'impression de faire les choses toute seule. Je pense donc être très entourée, très protégée. Soit c'est quelque chose que je me suis construit parce que je m'étais renfermée dans un monde à moi et que je n'ai pas voulu y rester seule, soit c'est parce que je suis quelqu'un de spirituel, tout simplement. Je suis plus philosophe qu'en appartenance à une religion. Je m'intéresse à toutes les religions, mais je pense aujourd'hui que je suis plus proche d'une certaine philosophie de vie, comme le bouddhisme.
Vous disiez dans une interview précédente que vous dévoriez Sénèque...
Ça y est, c'est dévoré ! Il est complètement avant-gardiste. Le but pour lui, c'est qu'on doit vivre sa vie pour soi et ne pas s'arrêter aux bobos des autres. Il est un peu comme les bouddhistes, qui disent qu'il ne faut pas d'attachement, parce que l'attachement, c'est terrible. Il faut vivre sa vie pour soi et ne pas faire attention aux autres. Sénèque va très loin, puisqu'il dit qu'on vit à 50% sa vie, et le reste, c'est de la perte de temps. Il s'est rendu compte que les gens n'auraient jamais dit que leur vie filait trop vite s'ils s'étaient vraiment concentrés dessus, s'ils n'avaient fait que ce qu'ils voulaient. Cette notion de temps m'a beaucoup bouleversée. Sénèque disait que quand on fait le bilan d'une vie, on s'aperçoit que la moitié du temps n'a été que du temps qui s'est écoulé... Même à 26 ans, cette notion du temps qui passe est très forte. C'est peut-être aussi ça qui me fascine dans cette période du Velvet Underground, dans les années 70 : à 26 ans, ils étaient déjà blasés, ils avaient déjà tout fait... Quand on voit la vie de Jeff Buckley (ndlr : jeune chanteur et musicien prodige, décédé par noyade en 1997), qui est mort à 30 ans, il avait déjà fait tout ça...
Il y a autour de vous des amitiés récurrentes, comme Catherine Breillat (ndlr : cinéaste féministe engagée, auteur notamment du sulfureux Romance, avec Rocco Siffredi), Raffaella Anderson (ndlr : auteur de Hard, une autobiographie froide et implacable retraçant sa carrière et sa vie dans le milieu du cinéma pornographique) et Asia Argento (ndlr : fille du réalisateur culte de films d'horreurs Dario Argento, réalisatrice elle-même). Pouvez-vous nous en dire deux mots ?
Ce sont des rencontres qui sont venues après mon travail avec Jay. Raffaella Anderson, je l'ai vue un jour à la télé présenter son livre Hard. Comme je ne savais pas à l'époque si j'allais me révéler à ce point dans Lisa, je voulais trouver une personne qui allait la représenter physiquement, que ce soit dans les clips ou sur la pochette, et j'ai pensé à Raffaella. Je n'ai pas pu faire exactement ce que je voulais, parce qu'on m'a bien fait comprendre que les gens n'allaient pas trop s'y retrouver si la chanteuse ne se montrait pas ! Raffaella est venue me voir en studio, elle a beaucoup aimé l'album. D'une certaine manière, nos vies sont un peu parallèles et à la base, elle a été d'accord sur le principe de représenter Lisa. Pour le moment, c'est en stand-by, parce que je n'ai pas de clip. J'ai donc eu le bonheur et le plaisir de la rencontrer, de faire des séances photos avec elle, et ça a été une rencontre toute simple.
Catherine Breillat, pendant l'enregistrement de l'album, je lisais son livre Pornocratie, qui m'a énormément plu, et puis je connaissais ces films. J'ai été la voir peu après, lors d'une dédicace, et j'ai essayé de l'approcher pour lui dire combien j'aimais son ½uvre. Elle a aimé mon album, ça tombait bien ! On était parties pour faire ma biographie ensemble, dont j'avais besoin pour la presse, mais on n'a jamais eu le temps, parce qu'il aurait fallu que je lui raconte 26 ans de ma vie. Elle était à l'époque en train d'entamer Sex is comedy, son dernier film. Elle a cependant eu cette gentillesse, cette générosité de me faire un petit texte sur la façon dont elle avait ressenti l'album. C'est donc pour cela qu'il y a des mots de Catherine Breillat sur mon album et sur mon site. Je la remercie infiniment pour ça.
Asia Argento, c'est assez récent. Pendant l'enregistrement de mon album, elle a sorti son film Scarlett Diva que j'ai été voir énormément de fois au cinéma, parce que ça m'a complètement bouleversée. C'était Lisa version un peu plus trash au cinéma. J'ai réussi à la contacter, au départ pour qu'elle me filme, parce que j'aimais beaucoup sa façon de réaliser, les lumières, sa technique, et puis on n'a pas pu le faire, mais elle est venue me voir en studio elle aussi.
Ce sont donc des gens qui d'une certaine manière ont terminé l'histoire de Lisa avec Jay et moi en apportant une dédicace pour Asia, une séance photo pour Raffaella, et ce très beau texte pour Catherine.
Vous parlez de Mylène Farmer comme d'un flash de petite fille. Est-ce que vous vous sentez des ressemblances avec elle ?
Évidemment. Je parle de flash de petite fille parce que quand j'étais adolescente, on ne peut pas dire que j'appartenais à une génération musicale précise. Dans les années 90', il n'y avait pas grand-chose. Donc ce qui m'était proche, c'était des gens comme Mylène, à travers leurs textes et leur univers. Même si je ne me vois pas dans un premier temps faire des spectacles comme elle, ou mettre mon corps en avant comme elle peut le mettre, j'étais fascinée par l'image qu'elle avait, au niveau de ses clips, plus le côté « Pygmalion » de Boutonnat, etc. Je sentais qu'il y avait quelque chose, qu'elle était à part. J'étais proche de son côté mystérieux. Mais avant de pouvoir être comme ça, il a fallu qu'elle se montre. Elle a eu la chance après de pouvoir faire ce qu'elle voulait. Je ne peux pas prétendre vouloir faire la carrière d'une Mylène Farmer, parce que je n'en suis pas du tout à ce stade-là. On ne me laisse pas encore suffisamment de chance pour garder mon côté mystérieux. Ce qui est rigolo aussi, c'est que la presse homosexuelle a été touchée par mon album, et ça c'est quelque chose qu'on a en commun. Très vite, dès mes premières interviews, on m'a parlé de Mylène Farmer et de Vanessa Paradis. C'est comme ça, je crois que les gens ont besoin de références. Des fois quand on arrive avec son bébé, on se dit : « mince, je suis un peu déçue, j'aurais bien aimé qu'on me dise que je suis vraiment à part » ! On aime bien référencer les choses pour se donner des repères, tout simplement. Je pense que Mylène ou Vanessa Paradis seraient encore plus étonnées que moi si on leur disait qu'Elfy leur ressemble...
C'est quoi, votre dernier coup de gueule ?
Justement par rapport à mon métier, toutes ces émissions où l'on fabrique des chanteurs. Ce n'est pas un coup de gueule gratuit, parce que je me sens vraiment concernée. Aujourd'hui, les boîtes qui vendent mon album ont des véritables coups de c½ur, que ce soit la Fnac ou Gibert, je suis sur point d'écoute et à côté de ça, au niveau de la promotion, ça ne suit pas, parce que c'est beaucoup plus facile avec une Kylie Minogue. Malheureusement, le public, c'est le premier à être aimanté et entraîné par ce qu'on veut bien lui faire gober. Mes coups de gueule, c'est qu'on donne aux gens la version qu'on veut bien leur donner, pour le 11 septembre par exemple. Du coup, les gens gobent, et on entend des taxis vous parler de politique, sans aucune opinion personnelle. Le côté « on est des moutons et on suit », la surinformation, je déteste ça. Je ne regarde plus jamais le journal télévisé, je veux pouvoir avoir ma propre opinion sur les choses. Du reste, j'adore tous ces écrivains rebelles, Dustan, Nabe, Houellbecq, qui vont parler de choses super importantes, en essayant d'avoir leur propre vision. Pourtant, ces gens-là passent difficilement. Et même Catherine Breillat, elle en souffre, de ça. (Silence)
De quoi aimeriez-vous parler maintenant, et qu'on n'a pas évoqué ensemble ?
Naturellement, j'aurais envie de parler de mon album, encore, et de remercier tous les gens qui l'ont écouté et qui ont eu envie de me rencontrer. Ce qui m'intéressait en vous rencontrant, c'est de parler de mes 14 titres, des ambiances qu'on y a mises, des samples qu'on a pris à droite à gauche : la voix d'Ardisson (ndrl : dans Naissance), le film À bout de souffle, un sample sublime d'un très vieux film qui s'appelle Une amitié particulière, il y a même Raffaella Anderson qui éclate de rire dans Mon Amie, ça fait vraiment un puzzle que j'adore.
J'aimerais dire que c'est important de croire à ses rêves, que la vie n'est pas facile, mais qu'il faut essayer d'être confiant, de suivre son étoile. Je suis très fière et très heureuse d'avoir rencontré Jay Alanski, d'avoir écrit cet album. Je me rends compte de la chance que j'ai, même si je ne suis pas spécialement contente de la promotion, même si c'est dur de pouvoir exister aujourd'hui. Je suis un peu déçue, parce qu'assez régulièrement, il y a des papiers qui tombent, et ce sont des journalistes qui ont aimé l'album, mais qui disent des choses du genre : « les fous du matraquage audiovisuel lui laisseront-ils une chance ? », ou : « elle n'a pas de promotion, mais on voulait quand même vous présenter l'album ». On est plein d'artistes, dans ce même cas. Sinon, vous parler de la place qu'a l'art dans ma vie, vous parler de la difficulté que j'ai à essayer de vivre et d'être le plus proche de moi-même, de la lumière qu'il y a au bout de tout. J'ai essayé de mettre plein de choses dans cet album, je ne voudrais pas que les gens le voient comme un album noir, mais qu'ils le prennent comme s'ils faisaient tout simplement la rencontre d'une personne. Aujourd'hui, j'ai envie de faire de la scène, de la vidéo, d'écrire un livre. Je pense que j'ai des choses, des ambiances à montrer. Je voudrais être entourée de musiciennes, d'ailleurs je lance un appel, car j'aimerais vraiment trouver des musiciennes qui auraient eu un coup de c½ur pour l'album et voudraient me suivre dans cette aventure. Mon métier, c'est avant tout de chanter, or depuis la sortie de l'album, je ne le fais pas !
Pour finir, un petit jeu : on vous dit des mots, vous nous dites ce qui vous passe immédiatement par la tête...
On est chez le psy !
On vous enverra la note ! Alors pour commencer, on ne fait pas dans l'original : 11 septembre !
Pleurs
Star Academy
No comment...
Fêlure
13 ans
Topinambour
Rires !
Panaris
Ha non ! Les pieds, c'est sacré !